Généalogismes

Quelques réflexions autour de la généalogie, du petit patrimoine et des cultures régionales.

27 septembre 2007

Famille ou patrie ? De l'identité nationale à l'identité familiale...

drapeau_revolutAu moment où l'identité nationale fait recette et se cuisine à toutes les sauces, la définition de la généalogie comme symptomatique d'une "fièvre identitaire" prend tout son sens. Mais entre identité nationale et identité familiale, la marge est grande lorsque l'on sait que l'identité nationale est une notion particulièrement diffuse qui est apparue tardivement dans notre histoire et dans les esprits de nos prédecesseurs. Les efforts d'uniformisation de la Révolution n'ont eu, à cet égard, que peu d'influence sur les consciences des masses et les continuités l'ont emporté sur les ruptures. Ainsi, avant l'école de Jules Ferry, on ne parlait guère partout dans l'hexagone la langue françoise - elle-même issue d'un parler local : le francien - et le sentiment d'appartenance à la nation était tout relatif dans les campagnes. Jadis, on se savait sujets d'un roi de France dont on ignorait l'étendue du Royaume et souvent jusqu'aux traits du visage si l'on n'avait dans son bas de laine quelque pièce de monnaie à son effigie. La patrie d'alors était la paroisse et l'esprit de clocher excluait jusqu'au village voisin où vivaient des estrangers. Dans ce contexte, le sentiment national n'a pas surgi ex abrupto sitôt le couperet tombé comme d'aucuns voudraient le faire croire. Les symboles et les serments n'y ont rien changé pour beaucoup. Certes, à la faveur d'événements solennels ou lors des grands conflits - ainsi en 1870 - le drapeau tricolore prenait sens comme l'étendard levé contre les dangers du pangermanisme. Mais dans la vie quotidienne et dans les faits, la France est restée longtemps "un agrégat inconstitué de peuples désunis" au grand dam de Mirabeau. La fin des terroirs (Eugen Weber) fut longue et l'agonie des particularismes locaux très lente. En somme, la France ne fut jamais qu'une mosaïque, hostile aux novelletés et aux estrangetés. Comment dans ce contexte, l'estranger du village voisin avec son patois exotique eût-il pu alors être perçu comme "compatriote" ?

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